Des voix égrènent des petites annonces trouvées dans les rubriques «
À l’image, des ombres passent, se figent, repartent. Certaines se croisent, d’autres sont immédiatement absorbées par le fond gris métallique sur lequel elles apparaissent.
Un décor unique, lieu de rendez-vous manqué, espace où sont convoqués la mémoire et l’oubli. Là surgit puis s’évanouit l’image d’un autre, un jour croisé, aujourd’hui disparu.
La ségrégation pose des barrières horizontales — entre classes sociales — et verticales — entre âges, ethnies, religions, orientations sexuelles, centres d’intérêt, etc. Certains espaces publics échappent à cette ghettoïsation, tels ceux des transports collectifs. Les rencontres «
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Les villes bruissent d’appels à l’autre
Quant à l’ambiance visuelle, elle est nocturne, la matière tend vers l’évanescence suggérant l’intangible de cette nappe de désirs, d’attentes, d’espoirs : les images douces et floutées d’une étonnante plasticité rappellent certaines œuvres de Gerhard Richter Abstract Painting #417, Pyramid ou la série «
Le thème de la quête est récurrent dans le travail de Sabine Massenet, comme celui de la perte : érosion de la mémoire, de la vue, ainsi que du sens des mots et des représentations par associations, transformations, déformations qui ne manquent pas d’humour ; mais qui alertent aussi lorsqu’il s’agit de la perversion progressive d’une image par une autre, comme c’est le cas dans son impressionnante vidéo hommage à Rosa Luxemburg réalisée à la demande d’un théâtre : le commentaire et les images d’un film animalier classique sur les comportements sociaux des oiseaux ont été retravaillés pour glisser peu à peu vers un discours politique prémonitoire quant aux conséquences de la guerre de 1914–1918 prononcé en 1915, et vers une inquiétante vision de vols d’oiseaux regroupés en masses noires. Où apparaît finalement toute la pertinence de ce «
… Le flou a été obtenu en cadrant depuis l’intérieur d’une boutique à travers le verre sablé de la vitrine, le point rigoureusement fait sur le verre. L’image est donc nette. Le flou vient d’une part de la profondeur de champ (au-delà du plan de mise au point, c’est de plus en plus flou)
Dans un Paris fantomatique, les amateurs de petites annonces amoureuses se donnent leur premier rendez-vous dans les transports en commun, autobus, métro, train. L’artiste représente les connexions virtuelles qui président à ces rencontres, à la manière de nuages, matérialisation iconique des clouds qui envahissent la vie. Une atmosphère opaque enveloppe les formes humaines au point de leur faire perdre toute consistance. Les silhouettes apparaissent floutées sur des fonds gris métalliques. Des voix de synthèse engrènent les petites annonces. Les silhouettes passent, se figent, repartent en toute légèreté. Certaines sont absorbées par l’épaisseur brumeuse. Dans ce décor global, non-localisable, la mémoire et l’oubli, les désirs furtifs, le surgissement des sentiments peut donner libre cours à leur expression, aux besoins affectifs, aux fantasmes avant de s’évanouir.
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2022Exposition «


